Dès les premières heures du jour, les marchés d’Amérique latine s’éveillent dans un mélange de voix, de couleurs et d’odeurs. Des herbes fraîchement coupées, des fruits empilés à même les étals, des sacs de toile qui se remplissent au fil des échanges : ici, le commerce se fait au rythme des conversations et des habitudes locales. Plus que de simples lieux d’achat, ces marchés sont des espaces où se croisent mémoire, savoir-faire et vie quotidienne. Les parcourir, c’est entrer dans l’intimité des territoires et observer comment chaque région raconte son histoire à travers ce qu’elle cultive, transforme et partage.
Marché de Paloquemao – Colombie
À Bogotá, Paloquemao donne le ton dès l’aube. Camions et petites camionnettes arrivent depuis les campagnes environnantes, déchargeant cageots et paniers encore marqués par la terre. On y découvre une mosaïque de produits venus de tout le pays : lulo, maracujá, goyaves, tubercules andins, herbes aromatiques, viandes et poissons soigneusement disposés.
Un peu plus loin, le pavillon des fleurs rappelle le rôle central de la Colombie sur le marché mondial, avec des allées entières consacrées aux roses, œillets et orchidées destinés aussi bien aux fleuristes qu’aux grandes exportations.
Paloquemao vit au rythme de ses habitués : restaurateurs venus choisir leurs ingrédients, familles préparant les repas du jour, vendeurs qui connaissent leurs clients par leur prénom. Quelques tables simples proposent des plats traditionnels, servis sans mise en scène, comme une pause naturelle au cœur de l’agitation.
Marché de Chichicastenango – Guatemala

À l’ouest de Guatemala City, le marché de Chichicastenango -connu localement sous le nom de « Chichi »- ne se tient que deux jours par semaine, mais il concentre une intensité rare. Les jeudis et dimanches, la place centrale se couvre de textiles brodés, de poteries, de masques sculptés et de bijoux en argent, apportés par les communautés indigènes de la région du Quiché.
Face à l’église Santo Tomás, rites catholiques et pratiques ancestrales cohabitent sans frontière nette. Entre deux étals, on observe des gestes répétés depuis des générations, des motifs qui racontent l’origine des villages et une manière d’occuper l’espace qui fait du marché un véritable centre social. On y vient autant pour vendre et acheter que pour se retrouver, échanger des nouvelles ou maintenir un lien vivant avec les traditions locales.
Mercado de las Brujas (marché des sorcières) – Bolivie
Dans le centre historique de La Paz, le marché des Sorcières s’étend sur plusieurs rues étroites. Ici, les étals proposent plantes médicinales, amulettes, onguents et objets rituels liés aux croyances andines. Les sullus – fœtus de lama séchés – utilisés dans les offrandes à la Pachamama, font partie d’un univers spirituel encore profondément ancré dans la vie quotidienne.
Les yatiris, guérisseurs traditionnels, accueillent visiteurs et habitants pour des consultations discrètes. Loin d’un décor figé, le marché reflète un syncrétisme vivant, où héritages préhispaniques et influences coloniales continuent de coexister, sans rupture, dans les pratiques de tous les jours.
Marché artisanal de Otavalo – Équateur

Au pied du volcan Imbabura, le marché artisanal d’Otavalo occupe la Plaza de los Ponchos. Ouvert toute la semaine, il atteint son apogée le samedi, lorsque la place se remplit de tisserands et d’artisans venus des communautés voisines. Ponchos, écharpes, tapisseries et couvertures en laine d’alpaga ou de mouton côtoient instruments de musique, objets en bois, bijoux en graines ou en tagua.
Les visiteurs circulent entre les stands, discutent des motifs, touchent les matières, négocient parfois. Autour du marché, des stands de cuisine locale permettent de prolonger l’expérience, tandis que la proximité du lac San Pablo et de Cotacachi ouvre la porte à d’autres découvertes, entre paysages andins et savoir-faire artisanaux.
Ces marchés ne sont pas de simples lieux de passage. Ils concentrent des récits, des savoir-faire et des usages transmis de génération en génération. En les parcourant, on comprend comment chaque territoire façonne son identité à travers ce qu’il produit et la manière dont il le partage. Entre les étoffes de Chichicastenango, les rituels de La Paz ou les étals de Paloquemao, le marché devient une clé de lecture du monde local et un espace où le voyage se fait d’abord par l’observation, l’écoute et la rencontre.
Photos : D.R | Guatemala.com| Ecuador Travel