Longtemps perçu comme un passage secondaire dans les Andes entre le Chili et l’Argentine, le Paso Pehuenche s’affirme progressivement comme une route touristique. Entre la région du Maule et Malargüe, les deux pays cherchent désormais à organiser des itinéraires communs, en s’appuyant sur des expériences complémentaires de part et d’autre de la cordillère.
L’accord signé entre le Sernatur du Maule et la municipalité de Malargüe, lors de la 62e Rencontre binationale du Paso Pehuenche, formalise un travail engagé depuis plusieurs années. L’objectif est de faire évoluer cet axe, encore largement utilisé comme un simple point de passage saisonnier, en véritable parcours touristique.
Une fréquentation en hausse
Entre janvier et octobre 2025, près de 190 000 personnes et 47 500 véhicules ont franchi le Paso Pehuenche. Cette hausse confirme l’évolution du rôle de ce passage, désormais identifié comme un point d’entrée de plus en plus utilisé pour le tourisme terrestre dans la région.
Pour accompagner cette dynamique, les autorités ont engagé un travail commun autour de la mise en marché de l’offre. L’accord, prévu sur trois ans, prévoit la création d’itinéraires conçus conjointement, une présence coordonnée sur les salons professionnels et un partage d’informations pour affiner la stratégie commerciale.
Des passages comme le col Planchón-Vergara viennent compléter cet ensemble, avec l’idée de proposer des parcours combinant paysages, montagne et activités des deux côtés de la frontière.
Des expériences de part et d’autre de la cordillère
Le fonctionnement du corridor repose sur une complémentarité claire entre les deux territoires.
Dans le Maule (Chili), Talca joue un rôle de point d’appui, avec une offre hôtelière de 3 à 5 étoiles et des hébergements ruraux à Curicó et Linares. La connexion via la Route 5 vers Santiago, complétée par un réseau secondaire, permet d’accéder facilement aux vallées viticoles et aux zones de précordillère. Sur place, les visiteurs peuvent participer à des visites et des dégustations dans les vignobles, profiter des stations thermales de Panimávida et Quinamávida ou pratiquer des activités nautiques sur les lacs de Colbún et Vichuquén.
Côté argentin, Malargüe s’oriente davantage vers des expériences de nature et d’aventure. Les stations de Las Leñas et Real del Pehuenche disposent d’infrastructures pour les sports d’hiver, avec écoles et location d’équipement. Il est possible de pratiquer le trekking sur le volcan Malacara, l’équitation, ou la pêche sportive dans la lagune de Llancanelo.
L’observatoire scientifique Pierre Auger propose des visites guidées accessibles à tous les âges, tandis que la gastronomie locale, centrée notamment sur la chèvre, la truite et les fromages artisanaux, s’intègre directement dans les itinéraires.
Une frontière plus fluide, un levier concret
La question du passage de la frontière reste déterminante dans l’expérience globale. L’intégration de solutions comme la biométrie, de systèmes de pré-autorisation ou d’échange sécurisé de données permettent déjà de réduire les temps d’attente et de simplifier les formalités. Ces évolutions permettent des déplacements plus fluides et plus prévisibles, aussi bien pour les voyageurs que pour les opérateurs.
Une logique appelée à se développer
Au-delà des volumes de passage, le cas du Maule–Malargüe montre comment une route peu utilisée peut progressivement trouver sa place dans les itinéraires touristiques.
Ce type d’initiative pourrait être reproduit sur d’autres frontières en Amérique latine, où les complémentarités existent déjà mais restent encore peu exploitées.
L’enjeu est simple : transformer un point de passage en véritable expérience de voyage, et inciter les visiteurs à prolonger leur itinéraire de part et d’autre de la frontière.
Photo : Sernatur