République dominicaine : vers une stratégie nationale de l’écotourisme

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Connue pour ses grands pôles balnéaires, la République dominicaine amorce aujourd’hui un ajustement stratégique de son modèle touristique. Sans renier les fondamentaux qui ont fait son succès, le pays travaille à une Stratégie nationale d’écotourisme destinée à structurer, prioriser et accompagner le développement de territoires où nature, histoire et communautés locales constituent le cœur de nouvelles propositions. L’objectif est clair : mieux équilibrer la croissance touristique et diversifier le positionnement dominicain dans les Caraïbes.

Cette démarche s’inscrit dans la continuité du slogan historique « La République dominicaine a tout », mais en changeant de méthode. Il ne s’agit plus seulement d’affirmer la diversité de l’offre, mais de la rendre lisible, organisée et soutenue institutionnellement, à travers des choix de territoires et des cadres de gouvernance précis.


Une stratégie en construction à l’horizon 2030

Portée par le ministère du Tourisme, en coordination avec les ministères de l’Environnement et de la Culture, la stratégie vise à faire de l’écotourisme un pilier à part entière du modèle national. Elle repose sur une planification orientée vers l’aménagement du territoire, la conservation et la participation des communautés locales.

La première phase, prévue jusqu’en 2030, se concentre sur l’élaboration de plans directeurs, la définition des budgets et la priorisation de projets présentant le plus fort potentiel économique et environnemental. L’enjeu est moins d’accélérer la création de nouvelles destinations que de canaliser le développement dans des zones jusqu’ici secondaires dans l’offre internationale.

Cinq itinéraires pilotes pour élargir la carte touristique

Le cœur opérationnel de la stratégie repose sur le développement de cinq itinéraires pilotes, chacun répondant à une logique territoriale spécifique et mettant en valeur des ressources naturelles et historiques encore peu visibles à l’échelle internationale.

  • Pomier – Boca de Nigua (San Cristóbal) : un itinéraire reliant les grottes de Pomier, principal ensemble d’art rupestre préhispanique des Caraïbes, à l’Ingenio Boca de Nigua, site clé de l’histoire sucrière et de l’esclavage.
  • La Isabela – Ruta del Encuentro (côte nord) : centré sur les vestiges de La Isabela, premier établissement européen permanent dans les Amériques, et sur d’autres points documentés du premier itinéraire de Christophe Colomb, avec Puerto Plata comme point d’ancrage.
  • Baie de Samaná : un ensemble intégrant l’observation saisonnière des baleines à bosse, les mangroves, les cayes et les parcs nationaux, en lien avec les communautés côtières, dans un cadre de réglementation environnementale.
  • Valle Nuevo – Manabao – Pico Duarte : un corridor de montagne reliant des zones protégées de la Cordillère centrale aux principaux sentiers menant au Pico Duarte, point culminant des Caraïbes insulaires, et aux communautés environnantes.
  • Lac Enriquillo (sud-ouest) : un itinéraire centré sur un lac hypersalin situé sous le niveau de la mer, au sein d’un parc national, reconnu pour sa biodiversité endémique et ses paysages singuliers.

Un cadre structurant pour les professionnels

Le déploiement de cette stratégie intervient dans un contexte où le tourisme joue un rôle central dans l’économie dominicaine. Selon le World Travel & Tourism Council (WTTC), le secteur a contribué à hauteur d’environ 21 milliards de dollars au PIB en 2024–2025, soit près de 16,1 % de l’économie nationale, et soutenu plus de 876 000 emplois directs et indirects.

Pour les professionnels du tourisme, la Stratégie nationale d’écotourisme apporte surtout un cadre plus lisible et plus sécurisé pour la création de produits. En identifiant des territoires prioritaires, en clarifiant les règles et en associant conservation et développement local, elle facilite l’émergence de propositions nature, culture ou aventure à plus forte valeur ajoutée, complémentaires de l’offre balnéaire existante.

Plus qu’un changement radical de cap, la démarche engagée par la République dominicaine traduit une volonté de rééquilibrer son modèle touristique. En structurant des territoires longtemps restés en périphérie des flux, le pays élargit son récit et affirme une autre lecture de son patrimoine naturel et historique.

Dans un contexte caribéen très concurrentiel, cette stratégie positionne l’écotourisme non comme une alternative marginale, mais comme un levier de différenciation durable, capable de répondre aux attentes d’une demande internationale en quête de sens, de diversité et d’expériences mieux ancrées dans les territoires.

Photo : Visit Centroamérica

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