Voyager aujourd’hui ne se résume plus à arriver dans une destination et de cocher des étapes sur un itinéraire. Les voyageurs recherchent des expériences capables de transformer le voyage en souvenir durable. En Amérique latine, cette évolution prend une dimension particulière, tant les territoires, les cultures et les savoir-faire invitent à une relation directe avec le lieu et ceux qui l’habitent. C’est dans ce contexte que le tourisme expérientiel s’impose progressivement comme une autre manière de voyager. Loin des itinéraires standardisés et des visites passives, il propose des parcours où le voyageur n’est plus simple spectateur, mais acteur de ce qu’il découvre.
Ce que recouvre le tourisme expérientiel
Il ne s’agit pas d’ajouter des activités à un programme déjà dense, mais de penser le voyage comme un temps d’implication et d’apprentissage. Participer, comprendre, expérimenter : le sens prime sur l’accumulation de lieux visités. À mesure que les attentes évoluent vers plus de personnalisation, de nature et de cohérence, ces expériences deviennent un pilier à part entière de l’offre touristique contemporaine.
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Cette dynamique est désormais reconnue par le secteur lui-même : en 2026, FITUR a lancé pour la première fois FITUR Experience, un espace entièrement dédié au tourisme expérientiel, signe que ces pratiques quittent la marge pour s’installer au cœur des réflexions.
Parcourir le territoire, plutôt que le survoler

Le lien direct avec la nature constitue l’un des fondements de cette approche en Amérique latine. Au Pérou, les itinéraires menant à Machu Picchu via le Chemin de l’Inca au Salkantay, font du trajet l’élément central du voyage. Marcher sur d’anciens sentiers andins, traverser des forêts d’altitude, découvrir des sites archéologiques secondaires permet d’appréhender le territoire dans sa continuité, bien au-delà du site final.
En Bolivie, les traversées de plusieurs jours dans le Salar d’Uyuni et l’Altiplano sud transforment radicalement l’expérience. Nuits dans des hébergements de sel, paysages volcaniques, lagunes d’altitude et villages isolés composent un itinéraire où l’immersion prime sur la rapidité.
Du monument à l’expérience culturelle
Cette logique se prolonge dans la manière d’aborder le patrimoine. Survoler Teotihuacán en montgolfière, au Mexique, offre une lecture différente de ce site majeur : la géométrie urbaine, l’orientation cérémonielle et le lien avec la vallée apparaissent dans leur ensemble, complétant la visite au sol.
À une autre échelle, autour du lac Atitlán au Guatemala, des initiatives communautaires permettent de découvrir des pratiques toujours vivantes : ateliers textiles, agriculture traditionnelle, transmission orale des savoirs mayas. Ici, le patrimoine se découvre dans l’échange et la participation, non dans la simple observation.
Quand la cuisine devient un terrain d’expérience
La gastronomie s’inscrit naturellement dans cette approche. Dans le nord du Brésil, à Belém ou Manaus, des parcours culinaires s’organisent autour des marchés et de dégustations guidées, offrant une lecture directe des produits amazoniens — açaí, tucupi, poissons de rivière — et de leur place dans la vie quotidienne.
En Argentine, la région de Mendoza a fait évoluer l’expérience viticole : participation aux vendanges, échanges avec les producteurs, compréhension des cycles agricoles. Le vin devient alors un prisme pour lire l’histoire, le paysage et la culture locale.
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Vers des itinéraires plus profonds
Développer des expériences suppose de repenser la conception même des voyages : rythme, durée, choix des rencontres et profondeur des propositions. En Amérique latine, ce terrain est particulièrement fertile. Si certaines expériences sont déjà bien établies, de nombreuses pistes restent à explorer pour transformer le voyage en un souvenir durable, construit dans le temps et dans l’échange.
En définitive, le tourisme expérientiel en Amérique latine ne repose pas sur une idée importée ou théorique. Il s’appuie sur des pratiques, des savoirs et des territoires qui existaient bien avant que le terme ne s’impose. Marcher, cuisiner, traverser, apprendre : des gestes simples qui redonnent au voyage sa dimension humaine.
Ce sont moins les destinations qui changent que la manière de les parcourir, et dans cette évolution, l’Amérique latine offre un terrain d’expression particulièrement riche pour imaginer des voyages qui laissent une trace bien au-delà du retour.
Photos : Avim Wu | Viajes y Fotografía