À haute altitude, le voyage change de rythme. On marche plus lentement, on regarde plus loin, on accepte que le paysage impose sa cadence. Cette recherche de silence, d’espace et de déconnexion s’inscrit dans une tendance que Skyscanner a identifiée sous le nom d’Altitude Shift. Selon son rapport Travel Trends 2026, 79 % des voyageurs envisagent une escapade en montagne durant l’été ou l’automne, tandis que les réservations d’hébergements avec vue sur des paysages d’altitude ont augmenté de 103 % sur un an.
L’Amérique latine dispose d’un terrain particulièrement favorable pour répondre à cette demande. Des glaciers de Patagonie aux volcans andins, des sommets péruviens aux reliefs tropicaux de Colombie, la région offre des expériences où la marche, le temps long et la nature deviennent des éléments centraux du voyage. Pour les destinations, cette tendance ouvre aussi une piste intéressante : mieux répartir les flux au-delà des capitales et valoriser des territoires où les communautés locales jouent souvent un rôle direct dans l’accueil.
Torres del Paine, la Patagonie à l’échelle du trek

Dans le sud du Chili, Torres del Paine reste l’une des grandes références du trekking en Amérique latine. Situé dans la région de Magallanes, à environ deux heures de Puerto Natales, le parc national protège plus de 227 000 hectares de paysages patagoniens. Des glaciers, des lacs d’un turquoise intense, des steppes sculptées par le vent et une faune remarquable, dont des guanacos, des renards, des condors et l’une des populations de pumas les plus étudiées au monde, définissent cet environnement hors norme.
Le parc se prête à plusieurs niveaux d’expérience. Le circuit W, généralement parcouru en quatre ou cinq jours, relie certains des sites les plus connus, dont la vallée del Francès, le glacier Grey et le point de vue de la Base Torres. Le circuit O, plus long et plus exigeant, attire les marcheurs qui souhaitent faire le tour complet du massif. D’autres visiteurs choisissent des formats plus courts, en combinant navigation, points de vue et randonnées accessibles.
Torres del Paine illustre bien l’intérêt de cette tendance : la montagne n’y est pas seulement un décor spectaculaire, mais une manière de structurer le séjour autour de l’effort, de l’observation et du rapport au temps.
Vinicunca, l’altitude comme expérience andine

Au Pérou, Vinicunca aussi connu comme « la montagne aux sept couleurs » ou « Rainbow Mountain », s’est imposée comme l’une des excursions les plus recherchées depuis Cusco. Située à plus de 5 200 mètres d’altitude, dans la cordillère de Vilcanota, elle doit ses bandes rouges, vertes, jaunes et ocre à l’érosion et à l’oxydation naturelle des minéraux.
L’expérience reste courte, mais elle demande une vraie préparation. La randonnée dure en général trois à quatre heures aller-retour, avec un passage par les secteurs de Cusipata ou Pitumarca, où plusieurs familles participent à l’activité touristique. Location de chevaux, restauration rurale, transport local, artisanat : l’excursion crée des revenus sur un territoire longtemps resté à l’écart des circuits les plus classiques.
L’altitude impose toutefois ses règles. Une acclimatation de deux ou trois nuits à Cusco reste indispensable avant d’ajouter Vinicunca à un itinéraire. La saison sèche, d’avril à octobre, offre généralement les meilleures conditions de visite.
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Aconcagua, la haute montagne sans forcément l’alpinisme

En Argentine, l’Aconcagua occupe une place à part. Avec ses 6 962 mètres, il est le plus haut sommet des Amériques et de l’hémisphère occidental. Son nom évoque l’alpinisme, mais le parc peut aussi se découvrir sans objectif d’ascension, en effet il se situe dans une zone d’importance à la fois naturelle et historique, qui fait partie du Qhapaq Ñan, l’ancien réseau routier andin reconnu par l’UNESCO.
Le sentier facile de la Laguna de Horcones permet d’approcher le paysage en douceur après seulement deux heures de marche, et d’obtenir l’une des vues les plus connues sur la face sud du sommet. Pour les voyageurs plus entraînés, des itinéraires mènent vers les camps de Confluencia ou Plaza de Mulas, avec des permis à organiser à l’avance.
La saison principale s’étend de novembre à avril, lorsque les conditions sont les plus favorables. Le site s’intègre facilement dans un voyage autour de Mendoza et du corridor andin, avec des étapes comme Puente del Inca ou Las Cuevas. Ici, la montagne permet d’ajouter une dimension plus contemplative à une destination souvent associée au vin et aux grands espaces.
Ciudad Perdida, la montagne entre mémoire et territoire vivant

En Colombie, la Ciudad Perdida propose une autre lecture de la montagne. Le trek ne se déroule pas dans un paysage d’altitude au sens andin du terme, mais dans les reliefs tropicaux de la Sierra Nevada de Santa Marta, l’un des massifs côtiers les plus singuliers du continent.
Connue sous le nom de Teyuna par les peuples autochtones de la région, l’ancienne cité tayrona aurait été construite autour du IXe siècle. Ses terrasses circulaires et ses chemins de pierre restent un lieu sacré pour les Kogui, Arhuaco, Wiwa et Kankuamo, pour qui ce territoire conserve une importance spirituelle majeure.
L’accès se fait uniquement à pied, lors d’un trek guidé de trois à six jours depuis Santa Marta avec cinq à huit heures de marche quotidienne à travers la forêt tropicale. L’expérience demande un effort réel, mais son intérêt dépasse la marche. Les campements, la logistique et l’accompagnement sont gérés par les communautés autochtones, ce qui donne au voyage une dimension territoriale forte. Les saisons sèches, de décembre à mars et de juillet à août, offrent généralement les meilleures conditions pour entreprendre ce trek.
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Une demande de voyage plus lente
Ces destinations ne répondent pas seulement à une envie de beaux paysages. Elles traduisent une évolution plus profonde : davantage de voyageurs cherchent des lieux où l’on accepte de ralentir, de marcher, de s’éloigner des itinéraires trop rapides et de donner plus de poids au trajet lui-même.
Pour l’Amérique latine, cette tendance représente une opportunité importante. La région dispose d’une géographie exceptionnelle, mais aussi de territoires capables de proposer des expériences ancrées dans la marche, la culture locale et la relation aux paysages. À condition d’être bien préparés, ces voyages de montagne peuvent devenir l’une des manières les plus fortes de découvrir le continent : moins dans l’accumulation d’étapes que dans l’intensité du chemin parcouru.
Photos : D.R | Visit Argentina | Colombia Travel | Sernatur | Roi Dimor