Un voyage vers l’Amérique latine commence souvent par une série de petites décisions : quel tarif choisir, quel bagage emporter, faut-il payer pour un siège, que se passe-t-il si la correspondance est manquée, à partir de quand un retard donne droit à une indemnisation ? Ces questions peuvent sembler techniques au moment de la réservation, mais elles deviennent très concrètes lorsqu’un vol long-courrier est retardé, qu’une famille doit être assise ensemble ou qu’un bagage cabine n’est finalement pas accepté comme prévu.
C’est dans ce contexte que l’Union européenne a trouvé, le 15 juin 2026, un accord politique sur la révision des droits des passagers aériens. Le texte doit encore être formellement adopté avant d’entrer en vigueur : il ne s’agit donc pas d’une règle applicable dès aujourd’hui. Mais ses grandes lignes sont désormais connues et concernent directement les voyages entre l’Europe et l’Amérique latine.
Pour les trajets au départ de l’Union européenne, les règles européennes s’appliquent quelle que soit la compagnie aérienne. Un passager qui part de Madrid, Paris, Amsterdam, Francfort ou Lisbonne vers Bogotá, Lima, Mexico, São Paulo ou Buenos Aires est donc concerné, même si le vol est opéré par une compagnie non européenne. Ce périmètre inclut aussi certains territoires ultramarins européens, comme la Guadeloupe ou la Martinique. Pour les retours depuis l’Amérique latine vers l’Union européenne, la protection s’applique lorsque le vol est assuré par une compagnie de l’UE.
Le seuil des trois heures est maintenu
C’était l’un des points les plus suivis : l’indemnisation en cas de retard important ne sera pas repoussée à cinq ou six heures, comme cela avait été envisagé au cours des discussions, le seuil de trois heures est maintenu.
Sur les liaisons long-courriers entre l’Europe et l’Amérique latine, l’indemnisation peut atteindre 600 euros lorsque les conditions prévues par le règlement sont réunies. Ce montant ne sera pas automatique dans tous les cas : les circonstances extraordinaires, comme certains événements météorologiques ou des situations de sécurité, continueront de pouvoir exonérer les compagnies. Mais le principe reste important, car un retard sur ce type de trajet peut entraîner des conséquences sur une correspondance, une croisière, un circuit organisé, une réunion ou le début d’un séjour.
La réforme prévoit aussi une meilleure information du passager. En cas de perturbation pouvant ouvrir droit à compensation, la compagnie devra informer les voyageurs dans les 96 heures suivant l’arrivée et expliquer clairement comment déposer une demande. Elle devra ensuite accuser réception de la réclamation et répondre dans un délai de 30 jours, soit en indemnisant, soit en justifiant son refus. Le changement peut sembler discret, mais il touche un point essentiel : connaître ses droits ne suffit pas, encore faut-il savoir comment les faire valoir.
Le bagage cabine, un sujet à clarifier

La question du bagage cabine a beaucoup circulé dans la presse, parfois de manière un peu trop rapide. La réforme ne garantit pas une valise cabine gratuite pour tous les billets. Elle clarifie surtout deux points : chaque passager devra pouvoir emporter gratuitement un petit bagage personnel, et les compagnies devront afficher plus clairement ce qui est inclus dans le prix.
Le petit bagage personnel correspond à l’objet placé sous le siège, par exemple un sac à main, un sac à dos compact ou une sacoche d’ordinateur. L’accord européen prévoit une taille minimale commune de 40 x 30 x 15 cm. En revanche, la valise cabine placée dans les compartiments supérieurs ne sera pas obligatoirement incluse dans chaque tarif. Les compagnies pourront toujours proposer des billets moins chers sans bagage cabine, mais la comparaison devra être plus lisible dès le début de la réservation.
Pour les voyages vers l’Amérique latine, ce point est loin d’être secondaire. Les passagers partent souvent pour plusieurs jours ou plusieurs semaines, avec des correspondances, parfois des vols intérieurs, et des politiques bagages qui varient d’une compagnie à l’autre. Une mauvaise compréhension du tarif peut entraîner un supplément au moment de l’enregistrement ou à la porte d’embarquement.
La compagnie Iberia, distingue depuis le 23 juin avec une dénomination plus précise le bagage à main personnel, qui doit tenir sous le siège, et le bagage jusqu’à 10 kg, placé dans les compartiments supérieurs en classe Economy et Premium Economy. Ce type de distinction peut sembler mineur, mais il évite des malentendus fréquents entre “petit sac”, “bagage à main” et “valise cabine”.
Familles, sièges et passagers vulnérables
La réforme apporte aussi plusieurs changements pratiques. Les familles voyageant avec des enfants de moins de 14 ans devront pouvoir être assises ensemble sans frais supplémentaires, un point loin d’être anecdotique sur un vol de dix ou onze heures, surtout lorsque les billets sont achetés via un intermédiaire ou dans une classe tarifaire restrictive.
Ce droit au siège adjacent concernera aussi les passagers en situation de handicap ou à mobilité réduite, ainsi que les femmes enceintes. Le texte renforce également la protection des PMR lorsqu’une assistance insuffisante à l’aéroport les empêche d’atteindre la porte d’embarquement à temps. Dans ce cas, elles devront pouvoir bénéficier d’une indemnisation, d’une assistance et d’un réacheminement de la part de la compagnie aérienne.
Autre changement attendu : les compagnies devront accepter une carte d’embarquement imprimée sans frais supplémentaires. Elles ne pourront pas imposer le téléchargement d’une application ou la création d’un compte pour y accéder. La mesure paraît simple, mais elle répond à une situation bien réelle : tous les voyageurs ne souhaitent pas dépendre uniquement de leur téléphone, surtout sur un trajet avec plusieurs vols, passages de frontières et correspondances.
Les règles sur les bons d’achat seront également clarifiées. Un passager devra accepter explicitement un voucher s’il renonce à un remboursement par virement bancaire, ce qui peut éviter certaines situations floues après une annulation ou une modification importante du voyage.
Correspondances et réacheminement
Les voyages entre l’Europe et l’Amérique latine ne se limitent pas toujours à un vol direct. Beaucoup d’itinéraires passent par Madrid, Paris, Amsterdam, Lisbonne, Francfort ou Panama avant de continuer vers une autre destination. Une perturbation sur le premier segment peut donc impacter l’ensemble du parcours.
La réforme prévoit un droit renforcé au réacheminement, avec une attention particulière portée aux passagers à mobilité réduite. Si une compagnie ne propose pas de solution dans un délai de trois heures, le passager pourra organiser lui-même une alternative et demander le remboursement, dans certaines limites. Ce point sera particulièrement important lorsque le retard d’un vol compromet la suite du voyage, ou lorsqu’un manque d’assistance à l’aéroport empêche une personne vulnérable de rejoindre son vol dans les temps.
Il faudra toutefois rester attentif aux conditions exactes, notamment lorsque plusieurs billets séparés sont utilisés. Un Paris-Madrid acheté auprès d’une compagnie et un Madrid-Lima réservé séparément n’offrent pas toujours les mêmes protections qu’un trajet vendu sur un seul billet. La manière dont le voyage est construit peut donc changer la protection dont bénéficie le passager.
Une réforme à suivre
Ces nouvelles règles ne sont pas encore en vigueur. Elles devront être adoptées formellement, puis s’appliqueront 12 mois après leur publication officielle. En attendant, les règles actuelles restent celles qui encadrent les retards, annulations, refus d’embarquement et droits à l’assistance.
L’accord de juin 2026 donne toutefois une indication claire : les droits des passagers aériens devraient devenir plus lisibles sur les sujets qui créent le plus de confusion au moment de voyager. La réforme ne supprimera pas les imprévus, mais elle devrait donner aux passagers des repères plus clairs pour choisir leur billet, comprendre leurs droits et mieux gérer les perturbations sur les trajets aériens.
Photos : D.R.