À moins de deux heures de Santiago du Chili, Valparaíso s’accroche aux collines qui entourent sa baie face au Pacifique. D’en bas, on aperçoit les maisons colorées grimper sur les cerros, les escaliers qui disparaissent entre les façades et les anciens ascensores qui relient encore certains quartiers au centre. Il faut pourtant commencer par le port pour comprendre la ville.
À la fin du XIXe siècle, Valparaíso était l’un des grands ports marchands de la côte pacifique sud-américaine. Les navires reliant l’Atlantique au Pacifique par le détroit de Magellan y faisaient escale, mêlant marins, commerçants et immigrants venus notamment de Grande-Bretagne et d’Allemagne. L’ouverture du canal de Panama en 1914 bouleversa cette activité, mais la ville conserva une grande partie de l’architecture et du paysage urbain façonnés pendant cette période. C’est cet héritage qui a conduit l’UNESCO à inscrire son quartier historique au patrimoine mondial en 2003.
En pentes et en détours

Valparaíso se divise entre le plan, la partie basse et relativement plate de la ville, et les nombreuses collines qui s’élèvent autour de la baie. Monter vers Cerro Alegre ou Cerro Concepción, c’est entrer dans un autre Valparaíso avec ses rues pavées, passages étroits, escaliers interminables, petites places, maisons aux façades colorées et points de vue qui apparaissent parfois au bout d’une ruelle.
Les Paseos Gervasoni, Atkinson et Yugoslavo permettent de prendre un peu de hauteur et de regarder la ville autrement. Depuis le Paseo Yugoslavo, au-dessus de Plaza Sotomayor, les grues du port, les bateaux et les collines se retrouvent dans le même panorama. Le Palacio Baburizza, qui abrite aujourd’hui le Museo Municipal de Bellas Artes, rappelle aussi l’influence européenne qui a marqué ces quartiers.
Et puis il y a les ascensores. Le plus ancien, Ascensor Concepción, remonte à 1883. Reina Victoria et El Peral font également partie de ceux qui continuent à accompagner la vie de la ville. En janvier 2026, sept étaient encore en fonctionnement, et pour la plupart utilisés quotidiennement par les habitants.
Des murs qui ne restent jamais silencieux

Impossible également de parler de Valparaíso sans évoquer ses murs. Fresques, graffitis, personnages, animaux, scènes politiques ou compositions abstraites apparaissent sur les façades, les escaliers et parfois jusque dans les passages les plus étroits. Une partie du plaisir consiste justement à marcher sans chercher systématiquement une œuvre précise et à tomber sur une peinture au détour d’une rue.
Sur le Cerro Bellavista, le Museo a Cielo Abierto raconte une partie de cette histoire. Inauguré en 1992, il rassemble vingt grandes fresques faisant références des œuvres liées à des artistes comme Roberto Matta, Nemesio Antúnez ou Mario Carreño. Le projet prolongeait une expérience commencée dès la fin des années 1960 par des étudiants et artistes de l’Université catholique.
Le street art a depuis largement dépassé ce parcours. Sur Alegre, Concepción, Bellavista ou dans d’autres cerros, les murs continuent de changer. Certaines œuvres restent pendant des années, d’autres disparaissent sous une nouvelle peinture. C’est aussi ce qui donne à Valparaíso cette impression de ville jamais tout à fait terminée.
Du Muelle Prat au Cerro Cárcel

En redescendant vers le plan, Plaza Sotomayor replace immédiatement la ville dans son histoire maritime. Le bâtiment de l’Armada domine la place et le Muelle Prat se trouve à quelques pas. Ici, le port n’est pas un décor hérité du passé, les navires et les installations portuaires continuent de faire partie du quotidien de la ville.
Valparaíso a aussi su transformer certains lieux sans effacer complètement ce qu’ils étaient. Sur le Cerro Cárcel, l’ancienne prison publique est devenue le Parque Cultural. Les cellules ont laissé place aux salles de théâtre, de danse, de musique et d’exposition, tandis que depuis les espaces extérieurs, la baie apparaît une nouvelle fois entre les bâtiments.
Même les transports publiques racontent l’histoire de la ville, les trolleybus circulent dans Valparaíso depuis 1952 et traversent encore El Almendral, le centre et le Barrio Puerto.
Chez Neruda, Valparaíso par la fenêtre

Sur les hauteurs, La Sebastiana reste indissociable de Pablo Neruda. Le poète cherchait à Valparaíso une maison où il pourrait écrire loin de Santiago et regarder la mer. Il s’installa dans cette construction du Cerro Florida en 1961 et participa lui-même à son aménagement.
La maison, déclarée Monument national en 2011 ressemble à son propriétaire : étroite, étonnante, remplie d’objets, de collections et de détails auxquels on ne s’attend pas forcément. Mais ce sont surtout ses fenêtres qui attirent. La baie, le port et les maisons des collines s’y déploient presque comme un tableau.
À table, entre Pacifique et chorrillana
La cuisine porte naturellement la marque du port. Poissons, coquillages et fruits de mer occupent une place importante dans les restaurants du littoral et les picadas plus traditionnelles.

Mais Valparaíso revendique aussi un plat beaucoup moins marin : la chorrillana. Pommes de terre frites, viande, oignons et œufs composent cette assiette généreuse, qui généralement est posée au milieu de la table et partagée. Son origine exacte fait encore l’objet de plusieurs versions, mais elle est fortement associée à la ville et notamment à un restaurant devenu une institution : J. Cruz.
À quelques kilomètres seulement, la station balnéaire de Viña del Mar propose un contraste presque immédiat. Plus ordonnée et plus ouverte avec ses plages de sable blanc et ses grandes avenues, elle est également connue pour son Festival qui se tient chaque année en février. Valparaíso et Viña del Mar forment ainsi deux expériences très différentes, mais particulièrement complémentaires pour découvrir cette partie du littoral chilien.
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Valparaíso n’est pas une ville que l’on découvre en suivant une ligne droite. On monte, on redescend, on s’arrête devant une maison dont on se demande comment elle tient encore sur la pente. Parfois, on se perd un peu, et c’est souvent à ce moment-là que la ville devient la plus intéressante.
Des chants de marins aux poètes, peintres et musiciens, la ville a inspiré des générations d’artistes qui ont trouvé dans son port, ses collines et ses rues une matière presque inépuisable. Colorée, escarpée et parfois désordonnée, Valparaíso ne cherche pas vraiment à être parfaite et c’est probablement une partie de ce qui la rend si attachante.
Photos : SERNATUR