À Montevideo, le candombe appartient d’abord à la rue. On le reconnaît au son des tambours, à la marche des comparsas, aux peaux chauffées près du feu avant le départ, aux groupes qui avancent dans les quartiers Sur, Palermo ou Cordón. Pour les visiteurs, la rencontre a souvent lieu en février pendant le carnaval, au moment du Desfile de Llamadas. Mais le candombe ne se limite pas à ce grand rendez-vous : il porte la mémoire de l’histoire afro-uruguayenne du pays, des pratiques familiales et des quartiers.
Une histoire afro-rioplatense
Le candombe prend racine dans l’histoire des populations africaines et afrodescendantes du Río de la Plata. À l’époque coloniale, des hommes et des femmes réduits en esclavage sont amenés dans la région de Montevideo et de Buenos Aires. Avec eux arrivent des rythmes, des façons de se réunir, des chants, des gestes et des souvenirs qui trouvent, sur les deux rives du fleuve, de nouvelles formes d’expression.

En Uruguay, cette tradition prend une force particulière dans les quartiers de Montevideo où vivent de nombreuses familles afrodescendantes. Le tambour y devient bien plus qu’un instrument. Il rassemble et accompagne les fêtes, les deuils et les moments de revendication. Le mot “llamada” (appel), aujourd’hui associé au grand défilé du carnaval, garde cette idée : le tambour prévient, convoque, fait venir les autres.
Le candombe occupe aujourd’hui une place majeure dans l’identité culturelle de l’Uruguay, mais ses racines dépassent le cadre national : elles appartiennent à l’histoire afrodescendantes partagée entre Montevideo et Buenos Aires.
Montevideo, ville de tambours
Trois quartiers reviennent toujours lorsqu’on parle de candombe à dans la capitale uruguayenne : Barrio Sur, Palermo et Cordón. Ce sont des lieux où les comparsas répètent, sortent et maintiennent une présence régulière dans l’espace public même en dehors de la période du carnaval
Le candombe repose sur une cuerda de trois tambours : le chico qui maintient la base, le repique qui introduit les variations et le piano, plus gave qui donne de la profondeur. Ensemble, ils ne produisent pas une simple rythmique : ils construisent un dialogue, reconnaissable dès les premières mesures.
Cette musique se joue en marchant. Les tambours sont portés à l’épaule, accordés avant le départ grâce à la chaleur du feu, puis ajustés par l’expérience des musiciens. La rue n’est pas un décor ajouté à la pratique : elle en fait partie. Le son se déplace, traverse les façades, modifie la perception du quartier et rappelle que le candombe est né dans des espaces publics.
Les Llamadas, et tout ce qui existe autour
Le Desfile de Llamadas est aujourd’hui l’un des grands moments du carnaval de Montevideo. Les comparsas y défilent avec leurs tambours, leurs danseurs, leurs drapeaux et des personnages traditionnels comme le Gramillero, la Mama Vieja ou l’Escobero. Ces figures ne sont pas de simples personnages costumés : elles renvoient à des rôles anciens, à des imaginaires de communauté et à une mémoire transmise par le défilé.
Pour approcher le candombe en dehors de cette période, le Museo del Carnaval, l’agenda culturel de Montevideo et des initiatives comme Latido Afro permettent de mieux comprendre les lieux, l’histoire et les acteurs de cette scène, notamment en assistant aux répétitions des comparsas tout au long de l’année.
C’est d’ailleurs peut-être là que le candombe se comprend le mieux : dans cette continuité entre préparation, rue, famille, musique et carnaval. Le défilé attire les regards, mais la tradition ne commence pas avec lui et ne s’arrête pas après son passage.
Une mémoire aussi présente en Argentine
L’Argentine fait aussi partie de cette histoire, même si elle y occupe une place moins visible. À Buenos Aires, le candombe n’a pas suivi la même trajectoire qu’à Montevideo car il a longtemps circulé dans des cadres plus familiaux, dans certains quartiers comme Monserrat, San Telmo ou La Boca, et avec des formes musicales parfois différentes, bien avant que le tango dans l’histoire culturelle afroporteña.
Cette différence évite de confondre les deux traditions. Le nom circule, les racines se répondent, mais chaque ville a sa propre histoire. À Montevideo, le candombe est devenu un symbole national. À Buenos Aires, il rappelle une présence afro-argentine souvent peu mise en avant dans le récit culturel du pays.
Une tradition qui continue de bouger
Le candombe dialogue aujourd’hui avec la chanson, le jazz, le rock, la pop et les scènes internationales. Des artistes comme Rubén Rada, Jaime Roos, Hugo Fattoruso ou Jorge Drexler ont contribué à faire entendre ses rythmes au-delà des rues de Montevideo.
Cette vitalité se voit aussi dans des formats plus récents. La Rueda de Candombe, à Montevideo, réunit un public nombreux autour d’une rencontre musicale où les tambours dialoguent avec les voix et d’autres instruments. Ce succès montre l’intérêt actuel pour cette musique, notamment auprès des jeunes générations et des visiteurs.
Le candombe peut être une fête, une sortie culturelle, une rencontre avec l’une des grandes expressions musicales du pays mais il reste aussi une tradition de transmission, portée par des familles, des comparsas et des musiciens attentifs à la mémoire qu’il contient. C’est cette double dimension qui fait sa force : un art vivant, ouvert à ceux qui viennent l’écouter, mais indissociable de l’histoire dont il est issu.
Photos : Intendencia de Montevideo